La civilisation maya est née il y a environ 4 000 ans dans le sud-est du Mexique et en Amérique centrale, et ses descendants y vivent toujours. Écriture complète, calendriers capables de compter les jours sur des millénaires, cités de pierre au milieu de la jungle : la culture maya est l'une des plus étudiées du monde. Voici son histoire, de ses débuts à la conquête espagnole, sa carte, ce que l'on sait vraiment de ses glyphes et de sa religion, et ce qu'il en reste aujourd'hui.
La civilisation maya en bref
- Territoire : péninsule du Yucatán, Chiapas, Tabasco, Guatemala, Belize, ouest du Honduras et du Salvador.
- Époque : vers 2000 av. J.-C. jusqu'à la chute de Nojpetén en 1697 ; âge d'or entre 250 et 900.
- Organisation : des cités-États rivales, jamais un empire unifié.
- Grandes cités : Tikal, Calakmul, Palenque, Copán, Chichén Itzá, Uxmal, Mayapán.
- Population au maximum : 10 à 15 millions d'habitants vers 800, selon les relevés LiDAR.
- Aujourd'hui : 2 497 713 locuteurs de langues mayas au Mexique (INEGI 2020), 41,7 % de la population au Guatemala.
Qui étaient les Mayas ?
Les Mayas sont un ensemble de peuples amérindiens qui parlent des langues apparentées, issues d'une même langue mère, le proto-maya, parlée il y a environ 4 000 ans. Ce n'est pas une ethnie unique : un Maya du Yucatán et un Maya des hautes terres du Guatemala ne se comprennent pas plus qu'un Français et un Roumain. Ce qui les réunit, c'est une culture commune, construite pendant trois millénaires : le maïs, l'écriture hiéroglyphique, le calendrier, les mêmes dieux et la même manière de bâtir des villes autour de places et de pyramides.
Leur territoire couvre environ 300 000 km² et trois grands milieux : les basses terres du nord, plateau calcaire et sec du Yucatán, sans rivières mais percé de cénotes ; les basses terres du sud, couvertes de forêt tropicale, du Petén guatémaltèque au Chiapas, où se trouvent les grandes cités classiques ; et les hautes terres volcaniques du Guatemala et du Chiapas, d'où viennent le jade et l'obsidienne.
Un « empire maya » ? Non, des cités-États
On parle souvent d'empire maya, mais il n'a jamais existé. Le monde maya était une mosaïque de royaumes indépendants, chacun dirigé par un roi qui se disait d'essence divine. Au classique, deux superpuissances, Calakmul, la cité du Serpent, et Tikal, se sont livré une guerre froide de plusieurs siècles en tissant des réseaux de vassaux, sans jamais absorber leurs rivales. C'est une différence majeure avec les Aztèques et les Incas, et elle explique en partie pourquoi la conquête espagnole du monde maya a pris près de deux siècles : il n'y avait pas de capitale unique à faire tomber.
Chronologie de la civilisation maya : préclassique, classique, postclassique
Les archéologues découpent l'histoire maya en trois grandes périodes. Les bornes varient de quelques siècles selon les auteurs, mais le découpage est le même partout.
| Période | Dates | Ce qui s'y passe |
|---|---|---|
| Préclassique | vers 2000 av. J.-C. à 250 apr. J.-C. | Premiers villages (Cuello, au Belize, vers 1200 av. J.-C.), culture du maïs, premières pyramides. Au préclassique récent, El Mirador et Kaminaljuyú sont déjà de grandes villes. |
| Classique | 250 à 900 | L'âge d'or : dynasties royales, stèles datées, écriture généralisée. Tikal et Calakmul se disputent l'hégémonie, Palenque, Copán et Yaxchilán sont à leur apogée. Les cités du sud sont abandonnées entre 800 et 950. |
| Postclassique | 900 à la conquête (1527-1697) | Le centre de gravité passe au nord du Yucatán : Chichén Itzá, puis Mayapán (années 1220 à 1441), puis une quinzaine de petites provinces. Tulum et Iximché datent de cette période. |
Le préclassique (vers 2000 av. J.-C. à 250 apr. J.-C.) : les fondations
Les premiers Mayas sont des agriculteurs qui défrichent la forêt pour cultiver le maïs, le haricot et la courge. Le plus ancien village connu des basses terres, Cuello, au Belize, date d'environ 1200 av. J.-C. On le découpe en préclassique ancien (jusqu'à 1200 av. J.-C.), moyen (1200 à 400 av. J.-C.) et récent (400 av. J.-C. à 250 apr. J.-C.). C'est pendant cette dernière phase qu'apparaissent les premières vraies villes : El Mirador, dans le nord du Guatemala, aligne des pyramides parmi les plus volumineuses du continent, reliées par des chaussées surélevées, les sacbés. Dans les hautes terres, Kaminaljuyú, aujourd'hui enfouie sous Guatemala Ciudad, contrôle le commerce de l'obsidienne. Les premiers glyphes apparaissent eux aussi au préclassique récent.
Le classique (250 à 900) : l'âge d'or des cités

Le classique commence, par convention, avec les premières stèles datées dans le compte long. Les rois font graver leurs naissances, leurs intronisations, leurs victoires et leurs rituels sur des monuments de pierre : c'est grâce à eux que l'on connaît les noms et les dates de règne de centaines de souverains. Tikal, Calakmul, Copán, Palenque, Yaxchilán ou Caracol comptent alors des dizaines de milliers d'habitants. Au classique récent (600 à 900), Palenque connaît son apogée sous le roi Pakal, mort en 683, dont le tombeau sous le temple des Inscriptions est l'une des grandes découvertes de l'archéologie mexicaine. Puis, entre 800 et 950, les cités du sud cessent une à une d'ériger des stèles et se vident.
Le postclassique (900 à la conquête) : le nord prend le relais
Au Yucatán, la vie continue. Les cités du style Puuc, comme Uxmal, brillent encore au IXe et au Xe siècle, puis Chichén Itzá devient la principale puissance de la péninsule, avec une architecture qui mêle traditions mayas et influences du centre du Mexique. Après son déclin, Mayapán prend la tête d'une confédération de la fin des années 1220 jusqu'en 1441, quand la famille Xiu se soulève contre la dynastie Cocom et que la ville est abandonnée. À l'arrivée des Espagnols, le Yucatán est divisé en une quinzaine de petites provinces rivales. Sur la côte, Tulum, cité fortifiée face à la mer, est encore habitée.
Une population revue à la hausse par le LiDAR
Depuis 2018, les relevés au LiDAR, un laser aéroporté qui « voit » le sol sous la canopée, ont bouleversé les estimations. Une campagne publiée dans Science en septembre 2018 a révélé 61 480 structures sur 2 144 km² du Petén guatémaltèque : maisons, terrasses agricoles, canaux, chaussées et fortifications. Les chercheurs en ont tiré une population de 7 à 11 millions d'habitants pour les basses terres à la fin du classique, révisée en 2024 à 10 à 15 millions.
Le Mexique a aussi livré ses découvertes. En juin 2023, l'INAH a annoncé Ocomtún (« colonne de pierre » en maya yucatèque), une cité classique de plus de 50 hectares repérée au LiDAR dans la région de Calakmul, à Campeche, avec trois places et de grands édifices pyramidaux. En 2024, une étude parue dans la revue Antiquity a décrit Valeriana, toujours à Campeche : environ 6 500 structures, des places, des pyramides, un terrain de jeu de balle et un réservoir, trouvés dans des données collectées en 2013 pour un simple suivi forestier. La ville était cachée à quelques minutes d'une route fréquentée.
Carte des cités mayas : Mexique, Guatemala, Belize, Honduras
Voici les 21 cités mayas les plus importantes, placées à leur position exacte. La couleur indique la période où chacune a connu son apogée : on voit le centre de gravité du monde maya glisser du Petén, au sud, vers le nord du Yucatán au fil des siècles.
Apogée au préclassiqueApogée au classiqueApogée au postclassique
Mexique
Guatemala
- 14El Mirador, 300 av.-150 apr.
- 15Tikal, 250-800
- 16Quiriguá, 700-850
- 17Kaminaljuyú, 400 av.-200 apr.
- 18Iximché, 1470-1524
Belize et Honduras
- 19Xunantunich, Belize, 600-900
- 20Caracol, Belize, 550-900
- 21Copán, Honduras, 430-820
Au Mexique, les grandes cités se répartissent en trois zones : le nord du Yucatán (Chichén Itzá, Uxmal, Ek Balam, Mayapán), la côte caraïbe (Cobá, Tulum) et la forêt du Chiapas et de Campeche (Palenque, Calakmul, Yaxchilán, Bonampak, Toniná). Pour comparer leurs pyramides, leurs hauteurs et leurs prix d'entrée, consultez notre classement des pyramides du Mexique. Au Guatemala, le Petén concentre Tikal et El Mirador, et la vallée du Motagua abrite Quiriguá et ses stèles géantes. Le Belize possède Caracol, qui a vaincu Tikal en 562, et le Honduras Copán, célèbre pour ses sculptures et son escalier hiéroglyphique, le plus long texte maya connu.
Attention à un piège fréquent : Teotihuacán, près de Mexico, n'est pas une cité maya. C'était la plus grande ville du Mexique ancien, contemporaine du classique maya, et elle a entretenu des liens étroits avec Tikal, mais elle a été bâtie par un autre peuple, dont on ignore la langue.
Rois, maïs et savoirs : comment vivaient les Mayas
Au sommet de chaque cité règne le k'uhul ajaw, le « seigneur divin », entouré d'une noblesse de guerriers, de prêtres et de scribes. Les scribes sont des personnages de haut rang : les peintures montrent souvent les puissants avec leurs pinceaux et leurs encriers en coquillage. La grande majorité de la population est paysanne et vit dans des maisons de bois et de palme autour des centres de pierre.
Tout repose sur le maïs, cultivé sur brûlis (la milpa) mais aussi sur des terrasses et des champs surélevés au milieu des marécages, que le LiDAR a révélés à grande échelle. Selon le Popol Vuh, les dieux ont façonné les premiers humains dans de la pâte de maïs. Le cacao, boisson des élites, sert aussi de monnaie d'échange au postclassique, aux côtés du jade, des plumes de quetzal et du sel du Yucatán.
Côté savoirs, les Mayas comptent en base 20 avec trois signes seulement, le point (1), la barre (5) et un coquillage pour le zéro, une notion qu'ils maîtrisent des siècles avant l'Europe. Leurs astronomes suivent le cycle de Vénus et prédisent les éclipses, comme le montrent les tables du codex de Dresde. Leurs architectes construisent sans roue ni outils de métal, avec la fausse voûte (voûte en encorbellement) et un mortier de chaux.
L'écriture maya, déchiffrée en un demi-siècle
Les Mayas sont le seul peuple de l'Amérique précolombienne à avoir développé une écriture complète, capable de noter tout ce que dit la langue. Les Aztèques n'avaient que des pictogrammes et les Incas n'écrivaient pas.
Comment fonctionnent les glyphes
L'écriture maya est logo-syllabique : elle mélange des signes qui notent un mot entier (plus de 200 logogrammes) et des signes qui notent une syllabe (au moins 124). On connaît plus de 800 glyphes. Un même mot peut s'écrire de plusieurs façons, avec le logogramme seul, en syllabes, ou les deux à la fois, ce qui laissait aux scribes une grande liberté de composition. Les textes se lisent par colonnes de deux blocs, de gauche à droite et de haut en bas. On les trouve gravés sur des stèles, des linteaux et des escaliers, peints sur des vases et des murs, et écrits dans des livres en papier d'écorce plié en accordéon.
Le déchiffrement, une enquête du XXe siècle
Pendant longtemps, on a cru que les glyphes ne notaient que des dates et des dieux. Le point de départ du déchiffrement est paradoxal : c'est l'« alphabet » maya recopié vers 1566 par l'évêque Diego de Landa, celui-là même qui avait brûlé les livres mayas. En 1952, le Soviétique Iouri Knorozov comprend que cet alphabet est en fait un syllabaire partiel. En 1958, Heinrich Berlin identifie les « glyphes-emblèmes », qui désignent les cités et leurs dynasties. Vers 1960, Tatiana Proskouriakoff démontre que les dates des stèles correspondent à la naissance, à l'intronisation et à la mort des rois : les textes racontent l'histoire. Depuis les années 1980, David Stuart et d'autres épigraphistes ont accéléré le travail. Aujourd'hui, on lit environ 80 % des sons, et la plupart des textes peuvent être traduits.
L'autodafé de 1562 et les quatre livres survivants
Le 12 juillet 1562, au Yucatán, Diego de Landa fait brûler, au cours d'un autodafé, 27 livres mayas, 13 grands autels, 22 petites pierres, 197 vases peints et environ 5 000 « idoles », qu'il juge œuvres du démon. Des milliers de codex ont existé : il n'en reste que quatre, tous postclassiques.
| Codex | Où il est conservé | Contenu |
|---|---|---|
| Codex de Dresde | Bibliothèque d'État de Saxe, Dresde | Tables astronomiques, cycle de Vénus, éclipses, almanachs. |
| Codex de Madrid (Tro-Cortesianus) | Musée des Amériques, Madrid | Le plus long : almanachs rituels et divinatoires. |
| Codex de Paris | Bibliothèque nationale de France, Paris | Fragmentaire : cérémonies des katuns, une sorte de zodiaque. |
| Codex Maya de México (Grolier) | Musée national d'anthropologie, Mexico | 10 pages sur Vénus. Longtemps jugé faux, authentifié en 2016-2017 et daté du XIIIe siècle. |
Le dernier de la liste a une histoire à part. Apparu au Mexique dans les années 1960, le codex Grolier a longtemps été considéré comme un faux. Une étude de 2016 puis des analyses de l'INAH en 2017 (pigment bleu maya, absence d'encre moderne, trois datations au carbone 14) l'ont daté du début du postclassique, vers le XIIIe siècle : il serait le plus ancien livre précolombien conservé des Amériques.
Le calendrier maya et la fausse « fin du monde » de 2012
Les Mayas n'avaient pas un calendrier, mais plusieurs, qui s'emboîtaient comme des engrenages.
Tzolk'in, haab et cycle de 52 ans
Le tzolk'in, calendrier rituel de 260 jours, combine 13 nombres et 20 noms de jours ; il servait à la divination et à choisir les dates des cérémonies. Le haab, calendrier solaire de 365 jours, compte 18 mois de 20 jours plus 5 jours néfastes, les wayeb. Une même combinaison des deux revient tous les 52 ans : c'est le « siècle » mésoaméricain, partagé avec les Aztèques.
Le compte long, un compteur de jours
Pour dater les événements sur une longue durée, les Mayas du classique utilisaient le compte long, un compteur du nombre de jours écoulés depuis une date origine mythique, le 11 août 3114 av. J.-C. selon la corrélation la plus utilisée (dite GMT). Il s'écrit en cinq chiffres : baktun (144 000 jours, environ 394 ans), katun (7 200 jours), tun (360 jours), uinal (20 jours) et kin (1 jour). Une date comme 9.12.11.5.18 correspond ainsi au 28 août 683, jour de la mort de Pakal à Palenque.
2012 : la fin d'un cycle, pas du monde
Le 21 décembre 2012, le compte long est passé à 13.0.0.0.0 : la fin du 13e baktun, après environ 5 125 ans. Pour les Mayas, c'était un anniversaire de calendrier, l'équivalent d'un compteur kilométrique qui passe de 99 999 à 100 000. Sur environ 15 000 textes mayas répertoriés, deux seulement mentionnent cette date : le Monument 6 de Tortuguero, au Tabasco, et un fragment douteux de Comalcalco. Le texte de Tortuguero, abîmé, évoque la descente d'un dieu ; une première lecture y a vu une prophétie, mais les épigraphistes et l'INAH ont conclu qu'il ne parle en rien d'une fin du monde. D'autres inscriptions, à Palenque, projettent même des dates des milliers d'années après 2012. Le mythe de l'apocalypse est né de livres ésotériques occidentaux, pas des Mayas.
Quand les Mayas célèbrent la fin d'un cycle
Pour fêter le 13e baktun, le Mexique a inauguré le 21 décembre 2012 le Gran Museo del Mundo Maya de Mérida. Au même moment, dans les hautes terres du Guatemala, des prêtres mayas célébraient l'aube d'un nouveau cycle, le 14e baktun, dans lequel nous vivons toujours.
Religion et croyances des Mayas
La religion maya est la mieux connue des religions précolombiennes après celle des Aztèques, grâce aux glyphes, aux codex et au Popol Vuh, le livre sacré des K'iche' du Guatemala, transcrit en alphabet latin au XVIe siècle. Elle repose sur une idée centrale : le temps est fait de cycles de création et de destruction, et il faut nourrir les dieux pour que le monde continue.
Un monde en trois étages
Le cosmos maya compte trois niveaux : un ciel à treize strates, la terre, carrée et posée sur le dos d'un crocodile géant, et un monde souterrain à neuf strates, Xibalbá, le « lieu de la peur », gouverné par les Seigneurs de la nuit. Les quatre coins de la terre sont associés à une couleur : rouge à l'est, blanc au nord, noir à l'ouest, jaune au sud, et vert au centre, où se dresse le ceiba, l'arbre du monde qui relie les trois niveaux. On en plante encore sur les places des villages du Yucatán.
Les principaux dieux
Le panthéon est vaste et les dieux ont souvent plusieurs aspects. Les plus importants sont Itzamná, le dieu créateur, patron de l'écriture et du savoir ; Chaac, le dieu de la pluie au long nez, omniprésent sur les façades d'Uxmal et des cités Puuc, là où l'eau manque ; K'inich Ajaw, le Soleil ; le jeune dieu du Maïs ; Ixchel, déesse de la Lune, des naissances et du tissage, vénérée à Cozumel ; et Kukulcán, le serpent à plumes, que le centre du Mexique appelle Quetzalcóatl et auquel est dédiée la grande pyramide de Chichén Itzá.
Le sang, offrande aux dieux
Pour les Mayas, le sang porte l'énergie vitale qui nourrit les dieux. Le sacrifice le plus courant est l'autosacrifice : les rois et les reines se percent la langue, les oreilles ou le sexe avec une épine de raie ou une lame d'obsidienne, recueillent le sang sur du papier, puis le brûlent. Les célèbres linteaux de Yaxchilán montrent la reine K'ab'al Xook passant une corde hérissée d'épines à travers sa langue. Les sacrifices humains existaient aussi, surtout de captifs de guerre, et se sont multipliés au postclassique.
Grottes, cénotes et montagnes sacrées
Grottes et cénotes sont des portes vers Xibalbá et des demeures du dieu de la pluie. Au cénote sacré de Chichén Itzá, les plongeurs ont remonté de l'or, du jade, du copal et des ossements humains, preuves d'offrandes et de sacrifices. Les pyramides, elles, sont des montagnes artificielles : leurs temples sommitaux reproduisent l'entrée d'une grotte, et beaucoup abritent la tombe d'un roi.
Une partie de ces croyances survit, mêlée au catholicisme, dans les rituels agricoles du Yucatán et les fêtes des villages du Chiapas. Les traditions vivantes du Mexique d'aujourd'hui sont traitées dans notre page sur la culture mexicaine.
Le jeu de balle maya, sport et rituel

Le jeu de balle n'est pas une invention maya : c'est un jeu de toute la Mésoamérique. Le plus ancien terrain connu, à Paso de la Amada, sur la côte pacifique du Chiapas, date d'environ 1400 av. J.-C., et des balles de caoutchouc vieilles de 3 600 ans ont été retrouvées à El Manatí, au Veracruz. Mais presque chaque cité maya avait son terrain, en forme de I, bordé de deux murs inclinés. On en a même trouvé un à Valeriana, la ville découverte en 2024.
Les joueurs frappaient une lourde balle de caoutchouc plein avec les hanches, les cuisses et les avant-bras, protégés par des ceintures de cuir et de bois ; ils ne pouvaient pas la toucher avec les mains ni les pieds. Les anneaux de pierre fixés sur les murs ne sont apparus que tardivement, et y faire passer la balle était un exploit rare. Le jeu avait une dimension religieuse : il rejouait le mythe du Popol Vuh, où les jumeaux héros Hunahpú et Xbalanqué affrontent les seigneurs de Xibalbá au jeu de balle et les battent. Des reliefs, comme ceux de Chichén Itzá, montrent un joueur décapité ; le sacrifice existait dans certains contextes, mais rien ne prouve que le perdant, ou le gagnant, était systématiquement mis à mort.
Le plus grand terrain de Mésoamérique est celui de Chichén Itzá, long d'environ 96 mètres pour 30 de large. Sa visite est détaillée dans notre guide de Chichén Itzá. Le jeu n'a pas disparu : une version, l'ulama, se joue encore au Sinaloa, et des équipes mayas font revivre le pok ta pok au Yucatán.
Pourquoi la civilisation maya s'est-elle effondrée ?
La réponse courte surprend souvent : la civilisation maya ne s'est pas effondrée d'un bloc. Ce qui s'est écroulé, entre 800 et 950 environ, ce sont les royaumes des basses terres du sud. Le nord, lui, a prospéré encore six siècles.
Ce que l'on sait : les cités du sud se vident

Les inscriptions racontent la fin : les cités arrêtent d'ériger des stèles datées les unes après les autres (la dernière date en compte long connue est de 909), les palais sont abandonnés, la population chute de façon spectaculaire en quelques générations. Les habitants n'ont pas disparu : ils ont migré, vers le nord du Yucatán, vers les hautes terres, ou se sont dispersés dans de petits villages.
Les causes : sécheresses, guerres et sols épuisés
Aucune cause unique ne suffit, et les chercheurs parlent d'un enchaînement. Le climat a joué un rôle majeur : une stalagmite de la grotte de Yok Balum, au sud du Belize, étudiée dans Science en 2012, enregistre une période humide entre 440 et 660 environ, favorable à l'essor des cités, puis une série de sécheresses jusque vers 1100. Les sédiments du lac Chichancanab, au Yucatán, racontent la même histoire. Une stalagmite ne mesure toutefois que la pluie locale, et les sécheresses n'ont frappé que des sociétés déjà fragilisées : population trop nombreuse pour des sols déboisés et épuisés, guerres incessantes entre royaumes, et des rois qui perdent leur légitimité quand leurs rituels ne font plus tomber la pluie.
La conquête espagnole, de 1527 à 1697
Quand Cortés prend Tenochtitlan en 1521, il lui suffit d'une capitale pour soumettre l'empire aztèque. Au Yucatán, il faut trois expéditions de Francisco de Montejo, père et fils (1527-1528, 1531-1535, puis à partir de 1540). Mérida est fondée en 1542 sur les ruines de la cité maya de T'ho, et la péninsule est considérée comme soumise en 1546, au prix d'une révolte générale cette année-là. Mais au cœur de la forêt du Petén, le royaume itza de Nojpetén (Tayasal), bâti sur une île du lac Petén Itzá, résiste jusqu'en 1697. C'est l'un des derniers États mayas indépendants, tombé 176 ans après les Aztèques.
Où sont les Mayas aujourd'hui ?
Les Mayas n'ont jamais disparu. Ils vivent toujours dans le sud-est du Mexique, au Guatemala, au Belize et au Honduras, parlent leurs langues et transmettent une partie de leurs traditions. Au Mexique, le recensement INEGI de 2020 compte 2 497 713 locuteurs d'une langue de la famille maya, âgés de 3 ans et plus, répartis entre 20 langues. Le chiffre réel des Mayas est plus élevé, car beaucoup de familles ne transmettent plus la langue.
| Langue maya | Locuteurs au Mexique | État principal |
|---|---|---|
| Maya yucatèque | 774 755 | Yucatán |
| Tseltal | 589 144 | Chiapas |
| Tsotsil | 550 274 | Chiapas |
| Ch’ol | 254 715 | Chiapas |
| Huastèque (tének) | 168 729 | San Luis Potosí |
| Tojolabal | 66 953 | Chiapas |
| Chontal de Tabasco (yokot’an) | 60 563 | Tabasco |
| 13 autres langues | 32 580 | Surtout Chiapas et Campeche |
Source : INEGI, recensement de la population 2020, population de 3 ans et plus.
Le détail par État et la place de ces langues face à l'espagnol sont sur notre page consacrée aux langues du Mexique.
Au Yucatán : le maya yucatèque
Le maya yucatèque, que ses locuteurs appellent simplement « maya », est la deuxième langue indigène du Mexique après le nahuatl, avec 774 755 locuteurs en 2020, dont 519 167dans l'État du Yucatán. Il recule : ils étaient 795 499 en 2010, et les jeunes le parlent de moins en moins. Il reste pourtant très présent dans les villages, sur les marchés de Mérida et de Valladolid, et dans l'espagnol local, qui lui emprunte des dizaines de mots. Beaucoup de noms de lieux de la péninsule sont mayas : Cancún, Tulum, Holbox ou Chetumal.
Au Chiapas : tseltal, tsotsil et ch'ol

Le Chiapas est l'État le plus maya du Mexique par la diversité de ses langues. Dans les Altos, autour de San Cristóbal de las Casas, vivent les Tseltales et les Tsotsiles, dont les villages comme San Juan Chamula ou Zinacantán ont gardé leurs propres autorités et une religion où saints catholiques et rites anciens se mêlent. Les Ch'oles vivent autour de Palenque, les Tojolabales près de la frontière guatémaltèque, et les Lacandons, dans la forêt du même nom, ne sont plus que quelques centaines à parler leur langue (771 locuteurs en 2020).
Au Guatemala, un pays à moitié maya
Le Guatemala est le pays où les Mayas pèsent le plus : au recensement de 2018, 41,7 % de la population s'est déclarée maya. L'Académie des langues mayas reconnaît 22 langues mayas, dont le k'iche', le q'eqchi', le kaqchikel et le mam. Les hautes terres, autour du lac Atitlán et de Chichicastenango, sont le cœur de ce monde maya vivant.
Mayas, Aztèques, Incas : les différences
On les cite souvent ensemble, mais ces trois civilisations n'ont ni la même époque, ni le même territoire, ni le même fonctionnement. Les Mayas et les Aztèques se sont croisés en Mésoamérique, les Incas vivaient à 4 000 km de là, dans les Andes, et n'ont jamais eu de contact avec les deux autres.
| Mayas | Aztèques | Incas | |
|---|---|---|---|
| Territoire | Sud-est du Mexique, Guatemala, Belize, Honduras, Salvador | Centre du Mexique | Andes : Pérou, Équateur, Bolivie, nord du Chili et de l'Argentine |
| Époque | Vers 2000 av. J.-C. à 1697, apogée 250-900 | Tenochtitlan fondée en 1325, empire de 1428 à 1521 | Empire de 1438 environ à 1533 |
| Capitale | Aucune : des dizaines de cités-États (Tikal, Calakmul, Palenque, Chichén Itzá) | Tenochtitlan, l'actuelle Mexico | Cuzco |
| Pouvoir | Royaumes rivaux, rois divins | Empire tributaire (Triple Alliance) | Empire centralisé, routes et relais |
| Langue | Langues mayas (yucatèque, tseltal, k'iche'…) | Nahuatl | Quechua |
| Écriture | Écriture complète (glyphes) | Pictogrammes dans des codex | Pas d'écriture : quipus (cordelettes à nœuds) |
| Fin | Déclin des cités du sud vers 900, conquête espagnole 1527-1697 | Prise de Tenochtitlan par Cortés, 1521 | Exécution d'Atahualpa par Pizarro, 1533 |
| À voir au Mexique | Chichén Itzá, Palenque, Uxmal, Calakmul | Templo Mayor et musée d'anthropologie, à Mexico | Rien : il faut aller au Pérou |
L'écart dans le temps est le point le plus souvent oublié : quand Tenochtitlan est fondée, Tikal et Palenque sont abandonnées depuis plus de quatre siècles. Les Aztèques ont d'ailleurs commercé avec les Mayas du postclassique, jusqu'à la côte du Yucatán. Les Incas, eux, ont bâti leur empire en moins d'un siècle, au moment où les Mayas du Yucatán vivaient déjà dans des provinces divisées.
Où découvrir la civilisation maya au Mexique
Le Mexique compte des centaines de sites mayas ouverts au public. Les plus faciles d'accès sont dans la péninsule du Yucatán, à deux ou trois heures de Cancún ou de Mérida, et le Tren Maya dessert désormais Chichén Itzá, Palenque et la région de Calakmul.
Dans le Yucatán et sur la Riviera Maya
Chichén Itzá est la cité maya la plus visitée du pays et la meilleure pour comprendre le postclassique ; Uxmal, au sud de Mérida, montre le style Puuc et ses masques de Chaac ; Ek Balam garde des stucs exceptionnels ; Cobá cache ses pyramides dans la forêt ; Tulum offre la seule cité maya face à la mer.
Dans la forêt du Chiapas et de Campeche
Palenque est la plus belle cité du classique au Mexique, avec ses temples dans la jungle et le tombeau de Pakal. De là, une longue journée mène à Yaxchilán, accessible seulement en bateau sur l'Usumacinta, et à Bonampak, dont les fresques montrent une cour royale, une bataille et des sacrifices dans des couleurs encore vives. Calakmul, au cœur de la plus grande réserve forestière du pays, permet de grimper au sommet d'une pyramide de 45 mètres au-dessus de la canopée.
Dans les musées
Pour voir les objets, trois musées sortent du lot. Le Gran Museo del Mundo Maya, à Mérida, ouvert en 2012, présente environ 800 pièces dans quatre salles permanentes ; il est fermé le mardi. Le Museo Maya de Cancún, ouvert la même année dans la zone hôtelière, est couplé au petit site de San Miguelito, une cité habitée de 1250 à 1550 environ. Enfin, la salle maya du Musée national d'anthropologie de Mexico expose une reproduction du tombeau de Pakal, et le musée conserve le codex Grolier. Tarifs et horaires changent souvent : vérifiez-les sur les sites officiels avant d'y aller.
