Drapeau du Mexique hissé sur sa hampe et déployé par le vent devant un ciel bleu
Culture

Le drapeau du Mexique : signification et histoire

Trois bandes, un aigle qui dévore un serpent et une légende vieille de sept siècles : voici ce que raconte vraiment le drapeau mexicain.

Le drapeau du Mexique tient en trois bandes verticales, verte, blanche et rouge, et en une scène étrange posée au milieu : un aigle perché sur un cactus, un serpent dans le bec. Chaque élément a un sens précis, fixé par la loi. On les décrypte un par un, puis on remonte le fil de l'histoire jusqu'à 1821.

L'essentiel en un coup d'œil

  • Vert : l'espérance, et l'indépendance à l'origine.
  • Blanc : l'unité, la pureté de la foi à l'origine.
  • Rouge : le sang des héros de la nation.
  • L'aigle et le serpent : la vision qui a désigné le site de Tenochtitlán, l'actuelle Mexico.
  • Proportions : 4:7, plus allongé que le drapeau italien.
  • Version actuelle : adoptée le 16 septembre 1968.

Schéma interactif

Cliquez sur un numéro du drapeau, ou sur un nom dans la liste, pour découvrir ce que représente chaque élément.

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Schéma simplifié aux proportions officielles 4:7. Les armoiries réelles sont bien plus détaillées.

L'aigle royal

De profil, tourné vers la gauche, les ailes en position de combat. Il incarne le peuple mexica et sa victoire. Sa posture est fixée par la loi : impossible de le dessiner de face ou de l'autre côté.

Les trois couleurs et ce qu'elles veulent dire

Voilà le premier piège du sujet : les couleurs du drapeau mexicain n'ont pas toujours voulu dire la même chose. Le sens a changé en cours de route, et les deux lectures circulent encore côte à côte, ce qui explique les réponses contradictoires que l'on trouve un peu partout.

En février 1821, le pays sort de onze ans de guerre. Le plan d'Iguala scelle l'indépendance autour de trois promesses, les Trois Garanties, et chaque couleur en porte une. Puis vient la guerre de Réforme et la séparation de l'Église et de l'État. Un drapeau national ne pouvait plus décemment célébrer le catholicisme : les significations ont été laïcisées, sans que le tissu change d'un millimètre.

CouleurSens en 1821Sens aujourd'hui
VertL'indépendance obtenue face à l'Espagne.L'espérance.
BlancLa pureté de la religion catholique.L'unité du peuple mexicain.
RougeL'union entre Espagnols et Américains.Le sang versé par les héros de la nation.

Un détail que beaucoup ignorent : aucune de ces significations n'est inscrite dans la loi. Les textes officiels décrivent le drapeau, ils ne le commentent pas. Ce que l'on enseigne dans les écoles mexicaines relève donc de la tradition, pas du décret. Ce qui n'empêche personne de les réciter par cœur : elles s'apprennent à l'école primaire, au même titre que les codes culturels mexicains que tout enfant intègre sans y penser.

L'aigle, le serpent et le nopal : la légende de Tenochtitlán

Gros plan du drapeau du Mexique montrant l'aigle qui dévore un serpent, perché sur un nopal, au centre de la bande blanche
Les armoiries au centre de la bande blanche : l'aigle, le serpent et le nopal.

La scène vient d'une prophétie. Le dieu Huitzilopochtli aurait promis aux Mexica, peuple nomade venu du nord, qu'ils reconnaîtraient la terre qui leur était destinée à un signe précis : un aigle posé sur un nopal, un serpent entre les mandibules. Après des décennies d'errance, ils tombent sur cette image exacte au milieu du lac Texcoco, sur un îlot marécageux dont personne ne voulait.

Ils y fondent Tenochtitlán en 1325. Le nom lui-même décrit le signe : en nahuatl, tetl veut dire la pierre et nochtli la figue de barbarie, donc le lieu du nopal poussant sur la pierre. La ville deviendra la capitale de l'empire aztèque, puis, une fois rasée par les Espagnols et reconstruite par-dessus, Mexico. Le drapeau du Mexique porte donc son acte de naissance en plein milieu, sept siècles plus tard.

Reste une objection que les historiens soulèvent souvent, et qui ne figure nulle part dans les manuels. Dans le Codex Mendoza, la source la plus ancienne qui représente la scène, l'aigle ne tient aucun serpent. Il porte devant le bec un glyphe nahuatl, atl tlachinolli, littéralement « l'eau et le feu », qui désignait la guerre. Le serpent viendrait d'une lecture européenne de ce symbole, sans doute influencée par l'iconographie chrétienne où l'aigle terrasse le mal. La légende a survécu à la correction : elle est bien plus belle.

Les armoiries en détail : chêne, laurier et ruban

Sous le rocher, deux branches encadrent la scène et se rejoignent en bas. Elles ne sont pas décoratives : elles reprennent un vocabulaire hérité de l'héraldique européenne, greffé sur l'imagerie aztèque. C'est ce mélange des deux traditions qui fait tout le sel des armoiries mexicaines.

ÉlémentPositionCe qu'il signifie
Branche de chêneÀ gauche de l'aigle.La force et la solidité de la République.
Branche de laurierÀ droite de l'aigle.La victoire, celle des héros de l'indépendance.
Ruban tricoloreIl noue les deux branches en bas.Les couleurs nationales qui lient force et victoire.
Rocher et eauSous le nopal.L'îlot du lac Texcoco où la ville fut fondée.

Un point souvent négligé : le drapeau mexicain existe en deux versions officielles. Celle que tout le monde connaît porte les armoiries et sert pour l'usage national. Il en existe une seconde, sans aigle, réservée à un usage civil et notamment à la marine marchande. Un drapeau tricolore mexicain vierge n'est donc pas forcément une erreur d'impression.

De 1821 à aujourd'hui : les versions successives

Le drapeau actuel n'est pas tombé du ciel en 1821. Il a été redessiné une demi-douzaine de fois au gré des empires, des républiques et des révolutions. Les bandes ont tenu bon, l'aigle a beaucoup bougé : couronné, décapité de sa couronne, de face, puis de profil.

Frise interactive

Six drapeaux se sont succédé depuis l'indépendance. Cliquez sur une date pour voir ce qui change.

1968 : Le drapeau actuel

Le dessin en vigueur aujourd'hui, adopté le 16 septembre 1968 sous la présidence de Gustavo Díaz Ordaz, à quelques semaines des Jeux olympiques de Mexico. Il est l'œuvre de l'artiste Francisco Eppens Helguera, qui redessine l'aigle avec des lignes plus nettes.

Ce que cette frise montre bien, c'est que chaque changement de régime s'est réglé sur le drapeau. La couronne apparaît avec l'empire, disparaît avec la république, revient avec Maximilien, repart avec lui. En 1916, Venustiano Carranza tourne l'aigle de profil pour rompre avec l'imagerie porfiriste et se rapprocher des codex précolombiens. Le dessin de 1968, signé Francisco Eppens Helguera, ne fait plus que le nettoyer.

Codes couleurs officiels et proportions

Autant le dire tout de suite : la loi mexicaine ne fixe aucune teinte précise. Elle décrit un drapeau vert, blanc et rouge, sans référence Pantone ni valeur numérique. Les codes ci-dessous sont ceux que les organismes officiels et les fabricants utilisent en pratique, et qui font consensus. C'est aussi pour cette raison que les drapeaux mexicains varient légèrement d'un fabricant à l'autre.

CouleurHEXRGBPantone
Vert#0068470, 104, 713425 C
Blanc#FFFFFF255, 255, 255Blanc
Rouge#CE1126206, 17, 38186 C

Côté format, le drapeau mexicain suit un rapport 4:7 entre la hauteur et la longueur. Un drapeau d'un mètre de haut mesure donc 1,75 mètre de large. Les trois bandes sont d'égale largeur, le vert toujours du côté de la hampe, et les armoiries occupent les trois quarts de la hauteur de la bande blanche, centrées.

Drapeau du Mexique ou de l'Italie ?

La confusion est fréquente, elle se lève en trois secondes. Le drapeau italien ne porte pas d'armoiries, sa bande blanche est vide. Ses proportions sont de 2:3, ce qui donne un rectangle plus trapu que le 4:7 mexicain. Et ses teintes sont plus claires : vert prairie et rouge vif côté italien, vert sapin et rouge carmin côté mexicain. Les deux drapeaux n'ont aucun lien de parenté, celui de l'Italie remonte à 1797, soit vingt-quatre ans avant le mexicain.

Le Día de la Bandera et les règles d'usage

Drapeau monumental du Mexique sur sa hampe au centre du Zócalo de Mexico, devant la cathédrale métropolitaine
Le drapeau monumental du Zócalo, hissé et descendu chaque jour par l'armée.

Le Mexique consacre une journée entière à son drapeau, le 24 février. Le Día de la Bandera a été institué en 1937 par le président Lázaro Cárdenas, et la date n'est pas prise au hasard : c'est celle du plan d'Iguala, en 1821, qui a donné naissance au premier drapeau du Mexique indépendant. Cérémonies militaires, défilés d'écoliers et hommages officiels rythment la journée dans tout le pays.

Le reste de l'année, le drapeau reste très présent. Les écoles organisent des honneurs chaque lundi matin, avec salut et hymne national. Sur le Zócalo de Mexico, une garde d'honneur le hisse au lever du jour et le redescend au coucher du soleil, sous les yeux des passants. Depuis 1999, un programme de banderas monumentales a planté des drapeaux géants dans les grandes villes et aux postes-frontières, dont certains dépassent les cinquante mètres de haut.

L'usage, lui, est strictement encadré par la loi sur les symboles nationaux. Le sens de l'aigle, les proportions et la manière de le hisser sont fixés dans le texte. Le détourner à des fins commerciales ou publicitaires demande une autorisation. Un drapeau usé ne se jette pas : il se remet à l'armée, qui l'incinère lors d'une cérémonie. Cela dit, les Mexicains l'accrochent partout, sur les pare-brise comme au mur des cantinas. Ce patriotisme du quotidien surprend souvent les visiteurs européens, habitués à un drapeau qu'on ne sort que les jours de match. Pour situer les lieux évoqués ici, la carte du Mexique donne les repères.

Questions fréquentes sur le drapeau du Mexique

Le vert pour l'espérance, le blanc pour l'unité, le rouge pour le sang des héros de la nation. Ce sont les sens retenus aujourd'hui. En 1821, au moment de l'indépendance, la lecture était différente : le vert disait l'indépendance vis-à-vis de l'Espagne, le blanc la pureté de la religion catholique, le rouge l'union entre Espagnols et Mexicains. Le changement date de la laïcisation des symboles nationaux, après la guerre de Réforme.

Parce que c'est le signe qui a désigné l'emplacement de Tenochtitlán. Selon la tradition mexica, le dieu Huitzilopochtli avait promis à son peuple une terre là où il verrait un aigle posé sur un cactus en train de dévorer un serpent. Les Mexica trouvent cette scène sur un îlot du lac Texcoco et y fondent leur capitale en 1325. Mexico est bâtie exactement au même endroit, et le drapeau raconte cette fondation.

Trois différences. Les armoiries d'abord : le drapeau mexicain porte l'aigle au centre, l'italien n'a rien. Les proportions ensuite : 4:7 pour le Mexique, 2:3 pour l'Italie, ce qui rend le mexicain nettement plus allongé. Les teintes enfin : le vert et le rouge mexicains sont plus sombres que les italiens. Les deux drapeaux n'ont d'ailleurs aucun lien, celui de l'Italie date de 1797 et celui du Mexique de 1821.

Estados Unidos Mexicanos, les États-Unis mexicains. C'est le nom officiel du pays, celui qui figure dans la Constitution et sur les documents d'État. Le Mexique est en effet une république fédérale de 32 entités. Dans la vie courante, personne ne l'utilise : on dit simplement México.

Pas dans n'importe quelles conditions. La loi sur les symboles nationaux encadre son usage : le sens de l'aigle, les proportions et la façon de le hisser sont fixés, et l'exploiter à des fins publicitaires demande une autorisation. Un particulier peut en revanche l'arborer chez lui sans problème. La version civile, sans armoiries, existe aussi et sert notamment dans la marine marchande.

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